Labex Entreprendre : livre blanc sur les structures d'accompagnement

Mars 2014 : livre blanc et et panorama des structures d'accompagnement en termes de management et de performance.

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Le "Livre blanc" de l'Entrepreneuriat en France

Réflexions et propositions de L’Académie de l’Entrepreneuriat

Septembre 2008

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 Sommaire

Propos introductif

1. Points de repère essentiels

2. Enseignement et formation

  • Constat
  • Propositions

3. Recherche

  • Constat
  • Propositions

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Propos introductif

L’entrepreneuriat est un phénomène économique et social, un objet de recherche et un domaine d’enseignement. La demande sociale, dans la plupart des pays, explose et se traduit par des besoins d’accompagnement, de formation et de mise à disposition de nouvelles connaissances. Indéniablement les challenges des années à venir et les sources d’amélioration des dynamiques économiques et sociales se situent dans la prise en compte de ces besoins.

Dans ce propos introductif, nous voudrions avancer une idée qui présente l’avantage de soutenir toutes les propositions de ce « livre blanc » que nous avons classées dans deux groupes : 1) enseignement, formation et 2) recherche. Cette idée s’inspire, d’une certaine façon, de bonnes pratiques existantes en Amérique du Nord et dans certains pays européens. Il s’agit de proposer la création d’une Fondation Nationale en Entrepreneuriat qui pourrait fonctionner avec le concours d’acteurs publics et privés. Outre les aides concrètes qui pourraient être apportées à des programmes d’enseignement et de recherche, cette fondation jouerait le rôle d’un Think Tank, donc serait une force de proposition sur tous les sujets. Ce Think Tank pourrait avoir, parmi ses associés, voire parmi ses membres fondateurs, certains Think Tank existants, comme l’Institut de l’Entreprise ou l’Institut Montaigne. A titre purement illustratif, nous indiquons quelques objectifs possibles de la fondation :

- Faire le pont entre les résultats de recherche et les priorités de l’action publique

- Proposer un agenda de recherches et financer des séries de travaux, sur appel d’offres, en réponse aux priorités de cet agenda

- Réunir en un lieu unique d’expression toutes les forces qui veulent agir pour l’entrepreneuriat, mais qui soit ont peu de moyens, soit ont peu de capacités scientifiques, soit prêchent pour des chapelles particulières (les artisans, le microcrédit, la haute technologie, les entreprises familiales, etc.), soit n’ont pas de compétences en communication.

A n’en pas douter un tel outil, à l’instar de ce qui existe aux Etats-Unis avec la fondation Kauffmann, permettrait de réunir et de supporter toutes les parties prenantes de l’entrepreneuriat : ceux qui agissent (les entrepreneurs), ceux qui les conseillent et les assistent (les professionnels du domaine), ceux qui facilitent l’action et encouragent les initiatives pour le bien-être collectif (les politiques), ceux qui produisent des connaissances nouvelles utiles à la société (les chercheurs) et enfin ceux qui transmettent ces nouvelles connaissances (les enseignants et les formateurs). En ce qui nous concerne, la création de cette fondation serait une étape très significative, voire décisive, dans la structuration de ce domaine émergent, aussi important pour notre société.

1. Points de repère essentiels

Nous donnons, ici, quelques points de repère sur l’enseignement de l’entrepreneuriat et la création d’entreprises par des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur.

Parmi les 233.000 créations nouvelles en 2006 (chiffrées à 285.000 selon le nouveau concept européen utilisé depuis le 01 janvier 2007) :

  • 20% sont le fait d’individus de moins de 30 ans
  • 4% sont le fait d’étudiants déclarant passer du statut d’étudiant à celui de créateur
  • 30% sont le fait de personnes issues de l’enseignement supérieur
  • 3 ans après la création, plus de la moitié des créateurs n’ont pas de salarié et 19% emploient 3 salariés et plus

Les créateurs de moins de 35 ans, issus de l’enseignement supérieur, sont estimés à 12% de l’ensemble des créations nouvelles. Ils représentent, par ailleurs, le 1/3 des créateurs de moins de 35 ans. 41% d’entre eux sont issus d’un niveau Bac + 2, alors que 36% viennent d’un niveau Bac + 5 et au-delà (parmi ces derniers, 10% sont diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs).

40% ont fait le choix de créer dans les services aux entreprises (très largement les Bac+5) et 36% dans le secteur du commerce (surtout les Bac+2 et les diplômés d’écoles de management).

Source : enquête SINE 2002 de l’INSEE analysée par l’APCE

Le fait de venir de l’enseignement supérieur est un atout d’importance pour ces créateurs tant en termes de pérennité de l’entreprise créée, que pour la compréhension de l’environnement et des contraintes auxquelles l’entreprise doit faire face.

L’Observatoire des Pratiques Pédagogiques en Entrepreneuriat (OPPE) a recensé en mai 2007, 259 actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement à l’entrepreneuriat conduites dans l’enseignement supérieur (une moitié dans les IUT et les universités, et l’autre moitié dans les écoles de management et d’ingénieurs).

De multiples initiatives ou actions fonctionnent, telles que :

  • Les Maisons de l’Entrepreneuriat financées partiellement par le Ministère de la Recherche
  • Des incubateurs, de type Allègre, associant plusieurs établissements, mais aussi des incubateurs étudiants dans certaines écoles
  • Des partenariats entre établissements de l’enseignement supérieur et entre ces mêmes établissements et des structures d’accompagnement (action du réseau RETIS à l’initiative du Ministère de l’Industrie)
  • Des lieux d’échanges et de diffusion de savoirs comme les congrès et les journées thématiques de l’Académie de l’Entrepreneuriat qui réunissent entre 50 personnes (journées thématiques) et plus de 200 enseignants chercheurs (congrès), ou encore les Journées de l’OPPE qui réunissent chaque année de 150 à 200 enseignants (du supérieur et du secondaire) et professionnels de la création d’entreprise (essentiellement des représentants des réseaux d’accompagnement).

 

2. Enseignement et formation

2.1. Constat

Les formations en entrepreneuriat se développent à un rythme très soutenu et l’on peut légitimement se demander si cette expansion est supportée par la disponibilité et la qualité des connaissances et des ressources nécessaires. Depuis le premier cours d’entrepreneuriat délivré à Harvard, en 1947, et le second donné, dans la foulée, par Peter Drucker, en 1953, à l’université de New-York, que de choses ont changé et à quelle vitesse ! Aujourd’hui, aux USA, l’entrepreneuriat c’est 2200 cours dans plus de 1600 institutions, 277 positions de professeurs et environ 100 centres d’entrepreneuriat, structures mixtes combinant enseignement, recherche et appui aux entrepreneurs. En France, c’est HEC Paris qui a ouvert le bal, en 1976, en proposant un cours qui est devenu par la suite une option très recherchée : HEC Entrepreneurs. A partir de là, très progressivement tout d’abord, d’une façon accélérée ensuite, les cours et programmes d’enseignement en entrepreneuriat se sont multipliés dans les universités et les grandes écoles d’ingénieur et de management. En 1997, des enseignants chercheurs français ont créé l’Académie de l’Entrepreneuriat, association scientifique reconnue par la Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion (FNEGE), et, sous l’impulsion de cette association savante, de l’APCE et de plusieurs ministères, l’Observatoire des Pratiques Pédagogiques en Entrepreneuriat (OPPE) est venu compléter, en 2001, le dispositif national dédié à l’enseignement de l’entrepreneuriat. Aucun pays développé ou en voie de développement n’est indifférent, aujourd’hui, au phénomène d’entrepreneuriat. Très régulièrement, l’enseignement, la formation et la recherche dans ce domaine apparaissent comme des priorités dans les agendas politiques et éducatifs. C’est bien évidemment le cas des pays Européens qui, au cours des dernières années, ont lancé des initiatives et fait des efforts considérables pour se doter des programmes et des dispositifs les plus adaptés à leur situation et à leur contexte.

 

Cependant de nombreux problèmes se posent aujourd’hui. Pour assurer la qualité de nos enseignements nous avons besoin de contenus, de connaissances nouvelles théoriques et empiriques qui viennent de la recherche, mais cette dernière avance à un rythme lent par rapport à la demande sociale. Ces contenus doivent nous permettre de développer des cours correspondant à la grande diversité des situations et des contextes dans lesquels l’entrepreneuriat se manifeste. Par exemple, enseigner la création d’entreprise High Tech passe par la mobilisation d’un contenu différent de celui de la création d’entreprise dans le secteur des services ou encore de celui de la reprise d’entreprise, etc. Nous avons également besoin de théories, d’études de cas et d’illustrations spécifiques à chacune de ces situations. Or nous manquons de ces matériaux et quant nous en disposons, ils ne sont pas toujours contextualisés ou bien adaptés à la situation traitée. Enfin, nous manquons de ressources professorales. Pour enseigner dans ce domaine, cela peut paraitre une évidence, nous avons besoin de personnes qui ont fait le choix de s’investir lourdement et qui ont été formées à la discipline et à la pédagogie. Si l’on devait recenser en France, les professeurs capables d’enseigner en entrepreneuriat en allant au-delà des généralités d’usage et du choix pédagogique commode du « Learning by Doing », nous sommes convaincus qu’il serait difficile de dépasser la dizaine.

 

Comme on le voit, ce constat insiste sur un point crucial : si l’on veut, d’une part, développer les enseignements en entrepreneuriat, non pas en insistant d’une façon verticale sur le cours classique de création d’entreprise ou de Business Plan, mais en couvrant davantage la variété des situations entrepreneuriales, si l’on veut, d’autre part, améliorer la qualité de ces enseignements, il est ABSOLUMENT INDISPENSABLE de faciliter par tous les moyens la création et la diffusion de matériaux pédagogiques et de contenus originaux et de contribuer à la constitution et à la qualification d’un corps professoral dédié.

2.2. Propositions

Créer des enseignements et des formations dédiés spécifiquement à la création et au management des TPE .

Le tissu des Très Petites Entreprises françaises regroupe un nombre important d’entrepreneurs dans des secteurs divers tels que l’artisanat, le commerce ou encore les prestations de service. Les spécificités de la création et du management des TPE sont très peu enseignées et rares sont les enseignants chercheurs qui s’intéressent à ce thème.

Des programmes de formation spécialisés dans la création et le management des TPE devraient être conçus et mis en œuvre en partenariat étroit avec les principales parties prenantes que sont, les Chambres des Métiers, les Centres de Gestion et les Associations Agrées, qui ont, entre autres, pour mission d’aider les TPE et les professions libérales dans les domaines de la gestion et de la prévention des difficultés économiques. Les cibles prioritaires de tels programmes d’enseignement pourraient être les élèves ou les titulaires de CAP, Bac Pro, BTS, IUT.

De tels cursus existent déjà dans certaines universités. A Grenoble, par exemple, une formation de ce type est en cours d’élaboration en partenariat avec la Chambre des Métiers de Grenoble, à destination des étudiants mais aussi des chefs d’entreprise et des conjoints collaborateurs.

Mettre en place des pédagogies et des dispositifs de conduite de projet de création ou de reprise d’entreprises en situation réelle.

La plupart des actions de formation, basées sur le développement de projet de création ou de reprise d’entreprise, qui sont mises en œuvre actuellement dans l’enseignement supérieur correspondent à des mises en situation virtuelle. Ces actions présentent certes des avantages, mais ne permettent pas aux apprenants d’être confrontés à des situations et à des comportements réels.

Nous proposons, chaque fois que cela est possible, de développer des enseignements appuyés sur des mises en situation réelle. Cela pourrait s’envisager de différentes manières, soit en offrant à des étudiants volontaires la possibilité de travailler sur des projets réels portés par d’autres étudiants au sein de l’établissement, soit en étendant les actions du type Créa IUT orientées sur l’accompagnement de porteurs de projets réels par des étudiants. Ces actions nécessiteront un encadrement pédagogique spécifique de la part des enseignants et la mise en œuvre de partenariats avec les structures d’accompagnement dont le métier consiste justement à accompagner les entrepreneurs potentiels.

Développer des Maisons de l’Entrepreneuriat sur tous les campus universitaires et installer des correspondances ou des antennes dans chaque université française.

Les Maisons de l’Entrepreneuriat font du pré-accompagnement et constituent un premier centre de ressources (documentation spécifique, orientation, conseils, etc.) pour les étudiants intéressés par la création d’entreprise, qui veulent tester leurs idées ou présenter leurs projets.

Même si les besoins d’accompagnement stricto sensu semblent pouvoir être satisfaits par les structures existantes avec lesquelles des liens de partenariat existent par ailleurs, il n’est pas inopportun de considérer que, compte tenu de la spécificité du public étudiant, une mission d’incubation interne ou d’accompagnement (au sens strict du terme) puisse être dévolue, dans certains cas, aux Maisons de l’Entrepreneuriat. Cela existe déjà dans certains établissements (Centrale Lille, ESSEC ou EM Lyon, par exemple). De tels dispositifs ne peuvent s’envisager que dans le cadre de partenariats étroits avec les incubateurs et réseaux d’accompagnement professionnels.

Nous proposons d’étendre les Maisons de l’Entrepreneuriat sur l’ensemble du territoire national et de se donner comme visée objective, à l’horizon 2015, une Maison de l’Entrepreneuriat dans chacun des départements français.

Former des professeurs et des formateurs spécialisés dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Il s’agit là d’un véritable enjeu national. Développer l’esprit d’entreprendre, faciliter les apprentissages dans toutes les situations et tous les contextes de l’entrepreneuriat, accompagner intelligemment et efficacement les porteurs de projets et les entrepreneurs exigent des savoirs théoriques, pédagogiques et pratiques tout à fait spécifiques.

En même temps que des formations nouvelles apparaissent un peu partout en France, de nombreux défis épistémologiques, pédagogiques, théoriques et pratiques demeurent au niveau de l’enseignement de l’entrepreneuriat et cette jeune discipline est confrontée, de notre point de vue, à une très forte insuffisance de matériaux (connaissances théoriques et empiriques, études de cas, etc.) et de ressources professorales. Des enjeux considérables apparaissent et les conclusions du projet européen Procédure Best sur l’éducation et la formation en entrepreneuriat pourraient être généralisées à l’ensemble des pays : « La formation des enseignants spécifiquement consacrée à l’entrepreneuriat doit être renforcée partout en Europe ». C’est une évidence, pour développer des enseignements en entrepreneuriat qui soient véritablement des enseignements spécifiques en ENTREPRENEURIAT (et non pas en management, en gestion ou dans tout autre discipline), nous avons besoin à la fois d’enseignants et de spécialistes du domaine. Nous devons donc former des enseignants, des formateurs à la pédagogie et à l’entrepreneuriat, lesquels devront répondre à la diversité des besoins et des processus d’apprentissage. Cela implique que des formations qualifiantes d’enseignants chercheurs et de formateurs soient mises en place dans les universités, avec le concours de l’Académie de l’Entrepreneuriat et avec l’implication de professeurs français et étrangers reconnus au niveau international. Ces formations pourraient permettre également aux accompagnants à la création d’entreprise d’être à la fois des spécialistes de l’entrepreneuriat mais aussi des généralistes du management. Spécialistes de la création et du démarrage de l’entreprise mais aussi généralistes du management capables de relier chacun des problèmes identifiés à d’autres problèmes ou dimensions dans une logique systémique.

L’idée est qu’outre des enseignants chercheurs de bon niveau, ces programmes qualifiants contribuent à former des experts accompagnateurs qui assureront concrètement un accompagnement de fond pour les porteurs de projets et les jeunes créateurs d’entreprise au sein de pépinières, d’incubateurs d’entreprises, d’organismes consulaires et de structures diverses d’aide à la création d’entreprise.

Sur un autre plan, des actions de sensibilisation à l’entrepreneuriat des enseignants non spécialisés devraient pouvoir être largement développées dans les universités et les grandes écoles, de façon à pouvoir démultiplier les actions de sensibilisation auprès des étudiants ou d’autres publics.

L’ensemble de ces actions, sensibilisation du plus grand nombre d’enseignants et développement d’un corps d’enseignants spécialisés de haut niveau, aurait pour autre finalité de faire évoluer progressivement les attitudes et la culture des institutions vis-à-vis de l’entrepreneuriat.

 

3. Recherche

3.1 Constat

Fin 2007, l’intérêt porté en France à l’entrepreneuriat est incontestable. De marginal, il y a une vingtaine d’année, il suscite aujourd’hui une attention croissante. Divers éléments en sont la preuve : l’augmentation des thèses soutenues (une cinquantaine entre 1985 et 2006) et surtout celle du nombre de chercheurs actuellement engagés dans une thèse en entrepreneuriat (environ une cinquantaine) ; la multiplication des journées, rencontres et autres colloques sur ce thème ; la prolifération des revues spécialisées, des dossiers ou numéros spéciaux dans des revues, des ouvrages ; etc.

L’entrepreneuriat et les recherches dans ce domaine sont maintenant bien installés. Il convient donc d’en prendre acte. Est-ce à dire que toutes les difficultés ont disparu et que les détracteurs du champ en sont maintenant réduits au silence. Assurément non. Nous allons dans ce constat évoquer cinq difficultés majeures.

 

1) La recherche en sciences humaines, en général et en sciences de gestion en particulier aura toujours moins de légitimité, et, partant moins de moyens, que la recherche en sciences dures ou en sciences expérimentales.

2) L’entrepreneuriat constitue une approche transversale en sciences de gestion, or la discipline est largement dominée par les approches fonctionnelles, héritage des pionniers de la discipline tels que Fayol et Taylor. Un chercheur en finance ou en marketing est plus facilement reconnu qu’un chercheur en entrepreneuriat et ce d’autant plus que ces domaines sont relativement plus anciens. Ce constat est vrai également aux Etats-Unis.

3) L’entrepreneuriat est avant tout une réalité économique, une activité, l’affaire des entrepreneurs, des praticiens. La recherche et la théorie sont-elles donc bien nécessaires à la compréhension de pratiques aussi anciennes que l’humanité ? La réussite d’entrepreneurs n’ayant jamais étudié ni la gestion, ni l’entrepreneuriat, n’est-elle pas la preuve à contrario de l’inutilité totale de la construction d’une discipline académique et d’un corpus théorique.

4) Les chercheurs en entrepreneuriat ont souvent une connaissance très limitée – voire même pour certains totalement inexistante – des réalités des problématiques entrepreneuriales. Aussi les thèmes de recherche choisis sont-ils parfois plus liés à des phénomènes de modes (exemple de la multiplication actuelle des recherches sur la reprise d’entreprise), ou de proximité intellectuelle entre le chercheur et sa cible (exemple de recherches sur la création d’entreprise par les chercheurs ou les femmes), qu’à des questions véritablement intéressantes sur le sujet.

5) Au-delà du choix de son sujet de thèse le candidat doctorant rencontre une autre difficulté : trouver un directeur de thèse intéressé et compétent. Les enseignants bons connaisseurs du domaine, aptes à diriger des thèses et acceptant de le faire sont rares. Les encadrants non spécialistes sont plus à l’aise pour donner des conseils sur le plan méthodologique que sur le sujet lui-même. Imaginerait-on la même situation dans les sciences dures ? Fin 2007 on peut incontestablement constater que sur le plan méthodologique la qualité des thèses soutenues s’améliore. On sera par contre beaucoup plus critique sur l’intérêt des sujets abordés et sur les résultats obtenus. Certains consacrent beaucoup trop d’énergie pour énoncer des évidences ou enfoncer des portes largement ouvertes.

3.2 Propositions

Nos propositions s’organisent autour de trois axes : coordination, moyens, réalisme.

1) Coordination : Aujourd’hui la recherche est très largement éclatée. Les encadrants et les doctorants se connaissent insuffisamment. Nous observons, parfois, que des thèses réalisées en même temps traitent pratiquement des mêmes sujets. L’Académie de l’Entrepreneuriat s’efforce à travers diverses manifestations – et en particulier l’organisation des tutorats doctoraux – de faciliter un fonctionnement en réseau des acteurs. Mais cette mise en réseau est encore très insuffisante contrariée à la fois par le manque de moyens humains et financiers et les comportements non solidaires de certains acteurs qui refusent d’y pendre part. Notre proposition, pour améliorer la coordination, consiste, dans un premier temps, à créer un annuaire des chercheurs et doctorants spécialisés en entrepreneuriat, puis, dans un second temps, à organiser un atelier doctoral annuel francophone permettant, à l’aide d’un financement dédié (bourses) à la majorité d’entre eux d’y participer. L’organisation de cette manifestation serait confiée à l’Académie de l’Entrepreneuriat.

2)Moyens : Dire que la recherche française manque de moyens est une évidence, c’est pourtant la réalité. Il faudrait développer dans quelques grands établissements (grandes écoles de management ou facultés renommées) de véritables centres de recherche en entrepreneuriat avec des moyens humains, financiers et documentaires suffisants. Quelques centres de ce type apparaissent à Lyon, Grenoble, Bordeaux et Montpellier. Même si à Montpellier le thème de l’entrepreneuriat est nettement moins pris en compte que celui de la PME. Soulignons que le laboratoire ERMMES, à Toulon, créé et dirigé par Robert Paturel, largement orienté entrepreneuriat depuis sa fondation, a fait l’objet récemment d’une remise en question radicale et d’une réorientation vers d’autres thèmes, ce qui souligne, par ailleurs, la fragilité des acquis dans une discipline scientifique émergente et en quête de légitimité. Les superviseurs et directeurs de thèse devraient être correctement rémunérés, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui dans le système universitaire français où les activités de direction de thèse relèvent essentiellement du bénévolat et de la récompense symbolique. Une proposition réaliste, en ce qui concerne les moyens, serait de créer et de développer un centre de ressources documentaires de haut niveau accessible par tous les chercheurs en entrepreneuriat du monde francophone. Un tel centre a été récemment installé en Suède par l’université de Jönköping.

3) Réalisme : Le monde académique est beaucoup trop éloigné du monde des praticiens. Comment pouvons-nous connaitre les véritables problématiques de l’entrepreneuriat si nous n’avons pratiquement aucun contact avec les praticiens. Pour apporter de bonnes réponses et produire des connaissances nouvelles actionnables et enseignables les chercheurs en entrepreneuriat doivent nécessairement se poser les bonnes questions au contact de celles et ceux qui sont préoccupés par tel ou tel type de problème. C’est loin d’être toujours le cas. A cet égard, le développement des conventions CIFRE pourrait constituer une avancée significative par rapport à la situation actuelle. Ces conventions pourraient être encouragées et fortement soutenues dans le domaine de l’entrepreneuriat.