Numéros 2010
Volume 9 - Numéro 1
Volume 9 - Numéro 2
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Volume 9 - Numéro 1
Editorial : Une nouvelle Revue de l’Entrepreneuriat
Alain Fayolle, Professeur, EM Lyon - fayolle@em-lyon.com
Karim Messeghem, Professeur des Universités, Université Montpellier 1 - karim.messeghem@univ-montp1.fr
Jean-Pierre Boissin, Professeur des Universités, Université UPMF Grenoble - jean-pierre.boissin@upmf-grenoble.fr
Les entrepreneurs en solo : Différentes logiques de création
Ketty Bravo-Bouyssy, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université de Toulouse - bravo.ketty@gmail.com
Les technologies de l’information et de la communication ont engendré de nouvelles opportunités d’affaires et ont permis le développement du nombre de créations de micro-entreprises. Malgré l’augmentation de ces entrepreneurs en solo, une lacune subsiste dans la littérature sur les causes de cet engouement et sur les stratégies de ces créateurs. Cette recherche tente de lever le voile sur des logiques d’installation en mobilisant la littérature sur les motivations à la création « push/pull » (Hakim, 1989 ; Aronson, 1991) ainsi qu’une étude qualitative menée sur treize créateurs utilisant les TIC. L’objectif est de cerner si la création en solo est plus qu’une méthode pour produire son propre emploi face à la flexibilité et l’insécurité, ou si elle peut aussi être considérée comme une stratégie délibérée de développement. Les résultats obtenus montrent que les logiques de création des solos vont au de-là de la simple catégorisation « push-pull » et qu’elles demandent à être questionnées dans le champ de l’entrepreneuriat.
Opportunités information et temps
Pierre-André Julien, Professeur émérite, Université du Québec à Trois-Rivières, IRPME - Pierre-Andre.Julien@uqtr.ca
La question des opportunités en entrepreneuriat a été longtemps négligée, puisque selon les économistes, le marché semblait toujours là pour les signaler et les entrepreneurs, pour les saisir et les appliquer le temps venu. Plus tard, selon l’école des traits, les psychologues ont essayé d’expliquer pourquoi certains entrepreneurs étaient plus aptes que d’autres à trouver ou à développer ces opportunités. Finalement, les socioéconomistes ont montré que si les opportunités étaient souvent « dans l’air », comme l’expliquait Marshall en 1890, elles avaient besoin des réseaux pour être mieux saisies, selon Kirzner, ou créées selon Schumpeter, et surtout pour trouver les ressources nécessaires afin de les appliquer. Peu de chercheurs ont toutefois discuté du problème du temps, puisque selon la théorie économique néo-classique, la saisie et l’application des opportunités étaient plus ou moins instantanées. Alors que dans la réalité elles ont besoin de mûrissement et de temps pour trouver les ressources afin de les appliquer. Ce temps plus ou moins long requiert aussi un entrepreneur et une organisation d’expérience et aux aguets et de la formation et du développement de réseaux capables de circonscrire, d’adapter et de transformer l’information en connaissance, requérant aussi du temps de préparation pour ces opportunités. C’est ce sur quoi s’arrête cet article en revenant sur ce problème de temps court et, surtout, de temps long touchant les opportunités et leur préparation et en l’appliquant à une étude de cas de dix moyennes entreprises pour mesurer le poids qualitatif de diverses variables organisationnelles classées selon leur capacité à saisir, absorber et transformer l’information pour ce faire.
Des modes d’utilisation du plan d’affaires : apports de la théorie de l’activité
Aziza Laguecir, BEM – aziza.laguecir@bem.edu
Hervé COLAS, RMS – herve.colas@reims-ms.fr
Marie-Laure MASSUE, RMS – marie-laure.massue@reims-ms.fr
Se fondant généralement sur des cadres théoriques qualifiés « d’analytiques », l’examen des utilisations du plan d'affaires (PDA) se place généralement en termes d'efficacité. Cet article propose de dépasser la question de l’efficacité en considérant le PDA dans le cadre interprétatif de la théorie de l'activité. Nous proposons ainsi un modèle interactionniste distinguant l'artefact, de son (ses) utilisation(s) par les entrepreneurs. Le PDA est alors considéré comme un outil médiatisant l'activité de l'entrepreneur. Trois types de médiations du PDA sont avancés : le lieu-dit, le lieu-tenant et le lieu commun. Ces « lieux » sont illustrés à travers trois situations empiriques d'utilisation. Il en ressort que l'activation d'un type particulier de médiation dépend des différents éléments de l'activité et plus particulièrement de l'objectif de l’activité et de l’entrepreneur.
Accompagnement du créateur : de l’isolement a la recherche de légitimité
Karim Messeghem, Professeur des Université, Université Montpellier 1, MRM-ERFI - karim.messeghem@univ-montp1.fr
Sylvie Sammut, Maître de conférences HDR, Université Montpellier 1, MRM-ERFI, sylvie.sammut@univ-montp1.fr
Les créateurs qui choisissent des structures d’accompagnement comme les pépinières d’entreprises peuvent parfois être confrontés à un sentiment d’isolement, en particulier lorsque la co-production entre créateurs et managers de la structure est faible. L’objectif de cet article est d’étudier les stratégies de légitimation mises en œuvre par les créateurs pour rompre ce sentiment d’isolement. Nous avons fait le choix d’étudier, à partir d’une approche qualitative, le cas d’une pépinière du sud de la France et nous verrons que les créateurs ont parfois des difficultés pour développer des stratégies de sortie d’isolement.
Après avoir présenté le rôle des pépinières dans le processus entrepreneurial, nous avons utilisé la littérature néo-institutionnelle, utile pour comprendre le processus de légitimation. Inspiré par les travaux de Tornikoski et Newbert (2007), nous avons adopté le modèle de Gartner (1985) qui s’est révélé pertinent dans l’étude du processus de légitimation du créateur.
Si les résultats de notre étude convergent avec les travaux réalisés par Rice (2002) et Tornikoski et Newbert (2007), ils les complètent également. Ils confirment, en effet, l’importance de la recherche de légitimité dans le processus entrepreneurial. Cette étude souligne la prédominance de la stratégie de légitimité vis-à-vis de la conformité de légitimité pour expliquer l’émergence et le développement de l’organisation. Notre approche qualitative permet de mieux comprendre les ressorts de la stratégie de légitimité. Les créateurs rencontrés ont privilégié l’improvisation et le réseautage pour construire leur légitimité et rompre leur isolement.
Notre conclusion rejoint en ce sens la définition de l’entrepreneuriat proposée par Shane (2003) en termes nœud individu – opportunité. La compréhension du processus entrepreneurial doit être contingente et mise en perspective avec le profil du créateur. Cette recherche marque un retour vers un champ délaissé depuis une vingtaine d’année, l’entrepreneur. Si l’étude du processus de légitimation fait l’objet d’un intérêt grandissant dans le champ de l’entrepreneuriat, nous appelons à ce que de nouveaux travaux soient engagés pour améliorer la compréhension du phénomène d’isolement en phase de création.
Volume 9 - Numéro 2 (Numéro spécial)
Editorial : Vers de nouvelles formes d’accompagnement ?
Didier Chabaud, Professeur des Universités, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse – BNC, didier.chabaud@univ-avignon.fr
Karim Messeghem, Professeur des Universités, Université Montpellier 1, MRM-ERFI - karim.messeghem@univ-montp1.fr
Sylvie Sammut, Maître de conférences HDR, Université Montpellier 1, MRM-ERFI - sylvie.sammut@univ-montp1.fr
Peut-on aider les Entrepreneurs Contraints ? Une étude exploratoire
Paul Couteret, Maître de conférences, Université Paul Verlaine de Metz, CEREFIGE - couteret@univ-metz.fr
Avec la montée du chômage, de plus en plus de personnes sont amenées à créer leur entreprise non par désir mais par nécessité. Or, peu engagés dans le processus de création, ces entrepreneurs contraints présentent suffisamment de particularités pour qu’on s’interroge sur la pertinence et les spécificités de leur accompagnement. Cet article, qui intègre les résultats d’une étude exploratoire qualitative portant sur cinq cas, s’oppose aux arguments soutenant la faible efficacité de cet accompagnement. Il propose de privilégier certaines modalités pour celui-ci, en se concentrant sur sa forme (psychologique plutôt que procédurale) et sur sa finalité (le développement ou le maintien de l’engagement des EC dans le processus et l’acquisition de compétences actionnables en autonomie). Dans ce cadre, des pratiques comme le mentorat ou le coaching paraissent particulièrement adaptées.
Les fonctions du mentor de l’entrepreneur novice
Etienne St-Jean, Professeur, Université du Québec à Trois-Rivières, IRPME - etienne.st-jean@uqtr.ca
Si l’éclosion des programmes d’accompagnement dans plusieurs pays industrialisés, notamment ceux qui s’inspirent du mentorat, a permis de mieux comprendre les retombées attendues de ces interventions, les fonctions exercées par les mentors d’entrepreneurs novices ne sont pas connues à ce jour. Dans le cadre d’une recherche menée auprès du plus important programme de mentorat au Québec, le Réseau M de la Fondation de l’entrepreneurship, ces fonctions ont été investiguées et les résultats démontrent qu’elles se regroupent en trois catégories : les fonctions psychologiques, celles reliées à la carrière et celle de modèle de rôle. Un outil de mesure en neuf items est également proposé et validé, permettant alors d’évaluer le mentorat reçu par l’entrepreneur novice accompagné par un mentor.
La recherche-accompagnement : entre accompagnement et recherche-intervention
Sihem Ben Mahmoud-Jouini, Professeur Associé, Groupe HEC, France - jouini@hec.fr
Thomas Paris, Professeur Affilié, Groupe HEC, CRG (CNRS/Ecole Polytechnique) - paris@hec.fr
Sylvain Bureau, Professeur Assistant, ESCP Europe, CRG (CNRS/Ecole Polytechnique) - sylvain.bureau@escpeurope.eu
La littérature sur l’accompagnement des entrepreneurs et de leurs projets est abondante. Elle aborde différentes problématiques (les enjeux macro-économiques, les impacts sur les performances de l’entreprise en création, les effets psychologiques sur l’entrepreneur…) et analyse des contextes institutionnels variés (incubateur académique, coaching, dispositif d’aide aux chômeurs créant leur activité...). Un acteur est malgré tout systématiquement absent de ces travaux : le chercheur. Etrangement, alors qu’on le retrouve fréquemment dans le cadre de la recherche-intervention, méthodologie désormais classique pour accompagner des transformations dans les grandes organisations, cette posture n’est jamais mobilisée dans l’univers entrepreneurial. Cette méthodologie, reposant sur la réciprocité de la relation entre chercheurs et praticiens, offre pourtant un cadre de recherche qui représente une forme spécifique d’accompagnement des entrepreneurs. L’objet de cet article est donc d’étudier cette forme particulière d’accompagnement. En quoi la recherche-intervention dans des start-up constitue-t-elle une forme d'accompagnement ? Pour répondre à cette question, nous nous appuyons sur un dispositif expérimental de recherche-intervention que nous avons mené auprès de start-up innovantes, entre 2007 et 2009. Nous montrons alors d’une part comment ce dispositif éclaire et interroge les dispositifs d’accompagnement traditionnels et soulève d’autre part de nouvelles questions sur les méthodologies de recherche. Nous proposons pour conclure un nouveau cadre d’intervention : la recherche-accompagnement.
Analyse des apports d’un dispositif d’accompagnement des jeunes entreprises : une interprétation centrée sur la notion de storytelling
Sandrine Cueille, Maître de conférences, CREG, IAE, gilles.recasens@univ-pau.fr
Gilles Recasens, Maître de conférences, CREG, IAE, sandrine.cueille@univ-pau.fr
Cet article utilise le concept de storytelling pour analyser les apports d’un dispositif d’accompagnement des jeunes entreprises. Deux questions principales sont soulevées. Est-ce que les dispositifs d’accompagnement, en offrant aux entreprises qui en bénéficient l’occasion de « raconter une histoire » sur la mise en œuvre de leur projet, peuvent favoriser le développement de leur légitimité ? Le cas échéant, ces dispositifs, contribuant à accroître la légitimité des actions engagées par les entrepreneurs, seraient-ils susceptibles de faciliter le développement du capital-ressources des jeunes entreprises ? Le cadre théorique mobilisé, issu du courant de la Resource-Based-View (RBV) et de la théorie néo-institutionnelle, s’appuie en particulier sur le travail de Lounsbury et Glynn (2001) sur le rôle des pratiques de storytelling.
La méthodologie de recherche repose sur l’étude de cas. Le dispositif d’accompagnement étudié est interprété comme un contexte propice à la formulation d’une histoire entrepreneuriale susceptible d’améliorer la légitimité des entreprises bénéficiant du dispositif et, finalement, de favoriser l’accès aux ressources nécessaires à leur développement. Cette recherche contribue ainsi aux réflexions sur la manière d’organiser les dispositifs d’accompagnement des jeunes entreprises et sur la façon de mesurer leur succès.
